Expatrié, immigré — deux mots pour décrire la même chose, non ? Pas tout à fait. Le terme "expatrié" porte une charge historique rarement assumée : il désigne essentiellement les populations blanches vivant à l'étranger, tandis que les personnes de couleur dans la même situation sont appelées "immigrés". Une distinction linguistique qui révèle une hiérarchie sociale invisible. Le mot lui-même remonte au XIVe siècle, composé du latin ex- ("en dehors de") et patria ("la patrie"). Aujourd'hui, plus de 1,6 million de Français sont inscrits au registre des expatriés, un chiffre qui monte à 3,5 millions si on compte les non-inscrits. Mais cette statistique rassurante masque une réalité : le langage que nous utilisons continue de tracer des lignes selon la couleur de peau, perpétuant des inégalités qu'on préférerait oubliées.