Au début du XXe siècle, les créanciers européens avaient une méthode radicale pour recouvrer leurs dettes : bombarder les côtes. C'est ce qui faillit arriver au Venezuela en 1902, quand l'Allemagne, l'Italie et le Royaume-Uni menacèrent de tirer depuis la mer pour forcer le remboursement. Un juriste argentin, Luis María Drago, intervint pour dire que non, on ne peut pas utiliser la force contre un débiteur sans passer par l'arbitrage pacifique d'abord. Son idée devint la doctrine Drago, si influente qu'elle inspira la convention de La Haye de 1907. Cette diplomatie des canons et des menaces, appelée « politique de la canonnière », symbole ultime de la puissance brute au XIXe siècle, disparut progressivement du droit international : un homme politique a suffi pour remplacer le boom des navires de guerre par des tables de négociation.