En 1978, le Nouvel Observateur invente un terme parfait pour décrire les Français nés entre 1960 et 1965 : "bof génération". Ces jeunes adultes ont grandi dans l'euphorie de Mai 1968 et l'optimisme des Trente Glorieuses, puis ont découvert l'amère réalité : promesses politiques trahies, économie qui s'essouffle, avenir moins radieux que prévu. Un simple "bof" — ce haussement d'épaules fataliste — devient leur signature générationnelle. Depuis, le mot s'est démocratisé pour désigner toute personne ayant perdu confiance dans la politique et le système, indépendamment de son âge. Un mot-symptôme qui capture parfaitement la distance ironique face aux grands discours : quand l'idéalisme se transforme en indifférence bienveillante.