Imaginez un roi qui se désigne au pluriel comme s'il était plusieurs personnes à la fois. C'est le nous de majesté, une pratique étonnante répandue dans de nombreuses langues royales et religieuses. Le souverain se dit "nous" au lieu de "je" — non par modestie, mais pour magnifier son statut : le pluriel exprimait la grandeur, l'autorité, comme si la couronne parlait à travers lui. Différent du nous de modestie des scientifiques, ce nous royal incarnait le pouvoir lui-même. Les papes l'ont pratiqué pendant des siècles jusqu'à Jean-Paul Ier, qui abandonna cette habitude — marquant ainsi la fin d'une époque où un seul homme pouvait légitimement devenir plusieurs dans ses propres paroles.